Architecture et environnement, l’expertise de Aimé EPOUNE

Les questions environnementales, de climat et de biodiversité autrefois généralement reléguées au second plan occupent une place de plus en plus prépondérante aussi bien au sein des politiques gouvernementales des états que dans les instances supérieures d’un monde globalisé à l’instar des Nations Unies. De nos jours l’on ne peut parler de développement ou d’urbanisme sans tenir compte de l’Environnement, terme générique recouvrant les éléments fondamentaux des Objectifs du Développement Durable de l’ONU notamment la prise en compte et le respect des éléments caractéristiques de la nature, incluant le respect des règles d’hygiène, l’élimination des facteurs de pollution, de déforestation et d’impact sur le climat.


Préserver et tirer parti des ressources naturelles (eau, air...), veiller sur la qualité des eaux (rivières, mers, étangs...) ou d'un territoire et à la vie de leurs occupants (espèces animales et végétales), lutter contre les atteintes à notre santé et à l'environnement sont devenues alors les missions premières dans de nombreux secteurs (santé, industrie, agriculture...). La récente pandémie est venue accentuer la réflexion et la sensibilisation autour de ces problématiques.


La dynamique écologique ainsi induite a naturellement fait éclore une économie verte ainsi que le développement d’un panel de nouvelles filières de formation et métiers divers, et n’as pas échappé à une architecture dite verte, enseignée dans les écoles d’architecture parmi lesquelles l’ESSACA. L’interview que nous a accordé Aimé Epoune entre en droite ligne dans cette appréhension du développement et révèle son expérience dans la pratique du métier d’architecte et d’environnementaliste. Notre entretien s’est déroulé dans les locaux de son Cabinet éponyme, appelé autrefois établissement EDRAC-ASSISTANCE et créé en 2008.

Epoune a une formation en dessin bâtiment délivrée au Cetic Charles Atangana de Yaoundé. Plus tard il se rend à Saint Luc en Belgique où il obtient sa Licence d’Architecture. Il revient à L’IBTP, à la section belge d’architecture de Kinshasa, où il obtient un Master. Il repartira ensuite faire le doctorat d’architecture en Afrique du Sud à l’école « Home Orner Building ». Il est donc le produit de trois écoles de formation dans le domaine.


De retour au Cameroun en 2011, avec le Cabinet EPOUNE, il réalise de nombreux projets dans plusieurs pays d’Afrique notamment en RCA, au Congo Brazzaville, en Côte d’ivoire, au Gabon, au Tchad, au Sénégal et au Cameroun. Il aura été par ailleurs enseignant à l’ESSACA durant les six premières années de sa vie professionnelle. Ses multiples activités ne lui permettant pas de continuer à enseigner il se résoudra à ne conserver le lien avec l’ESSACA qu’en qualité de membre du Conseil Scientifique.

La passion d’Epoune pour la nature et surtout pour son terroir le pousse naturellement à compléter sa formation d’architecte en entamant des études d’environnementaliste. De son point de vue tous les architectes devraient se rendre compte qu’ils modifient énormément l’environnement et qu’ils sont les premiers à le faire. Cependant en le modifiant il faut apporter des solutions d’atténuation à l’environnement modifié telles que : remettre des plantes, remettre un écosystème ; c’est-à-dire remettre à la nature ce qu’on lui a pris. Tel est le rôle qu’apporte le protecteur de l’environnement dans l’architecture et c’est à cette sorte de pratique du métier qu’il faut amener les étudiants. Cela doit être intégré dans le site d’exploitation, afin de minimiser les impacts négatifs à court terme, et de générer des impacts positifs.

Un mode de construction qu’il prescrit pour une ville comme Yaoundé, en expansion à la limite d’exploser, c’est d’avoir par exemple du tout à l’égout, c’est-à-dire faire des matières fécales une matière première en les recyclant, au lieu de continuer à fonctionner avec les fosses septiques individuelles qui polluent la nappe phréatique. Pour les générations futures il est impératif d’en prendre conscience et les études d’impact environnemental doivent être menées avant tout grand projet.

La volonté politique est requise pour la gestion saine des cités où les programmes d’urbanisation devraient être respectés. Avec la décentralisation chaque région doit pouvoir être apte à mener à bien le processus de développement de sa circonscription administrative en toute responsabilité et conscience des objectifs de développement durable. L’anarchie devrait être balayée des mœurs pour des solutions soucieuses des générations futures.


Dans un contexte local de décentralisation nouvelle, il est pertinemment opportun de poser des actes durables. Tel est le rôle de l’architecte environnementaliste. La pollution de l’environnement, qui doit désormais être bannie des habitudes, dévoile les problèmes d’incivisme et différents phénomènes sociaux. Il est grand temps de revenir à nos fondamentaux surtout dans les grandes métropoles où l’on observe un réel relâchement.

Heureusement aujourd’hui au Cameroun pour tout projet quel qu’en soit l’envergure, les études d’impact environnemental et social sont requises et incontournables, d’où la pléthore de cabinet d’impact exerçant dans le domaine. Ces études permettent d’étudier les impacts négatifs que peuvent générer le projet et proposent par la suite un plan de gestion environnemental et social, pour pouvoir atténuer les risques ; en mettant notamment en exergue des voies contournantes, elles permettent que le projet soit digeste et mieux apprécié.

A défaut d’être un spécialiste, un architecte complet se doit de maitriser les sujets d’environnement ainsi que d’assainissement et avoir de belles notions sur la gouvernance et la gestion. Cette réalité s’applique même en Cabinet avec les équipes toutes catégories composées d’ingénieurs, d’architectes et d’environnementalistes. Régulièrement le Cabinet Epoune reçoit les étudiants de l’ESSACA en stage et compte certains diplômés d’entre eux au rang de son personnel.



Je retiens de cet échange qu’il serait souhaitable que nous revenions à un mode de vie plus traditionnel ; que nous retournions aux sources et que les règles d’hygiène élémentaires soient respectées par tous pour un environnement sain, la sensibilisation restant de mise. La valorisation des matériaux locaux dans la construction devrait être plus manifeste, la MIPROMALO devant booster sa production dans les dix régions, afin que ces matériaux soient davantage accessibles au grand nombre.




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