Rêveries patrimoniales


L’ Afrique malgré la colonisation subie a pu conserver dans chaque ère sous-régionale la majeure partie de ses sociétés traditionnelles en raison des solides réseaux de relations sociales qu’elles constituent et au sein desquels chaque individu trouve sa place.


À chaque société traditionnelle correspond une culture particulière faite de conceptions philosophiques et religieuses, d'organisations sociales, de rites et codes comportementaux. Les dépositaires de savoirs ancestraux se succèdent à travers des legs de connaissances et de pouvoirs constituant l’héritage collectif que chaque génération reçoit de la précédente.


Les connaissances techniques propres à chaque société traditionnelle d’une part génèrent des créations esthétiques spécifiques, et d’autre part orientent l’adaptation au monde environnant et aux influences extérieures de manière à préserver la subsistance du groupe. Les modes de vie différents d’une culture à l’autre façonnent les personnalités alors que la production des biens matériels en vient à caractériser globalement chaque culture. Au sein de la société traditionnelle l’activité intellectuelle créative, individuelle ou collective, singularise l’identité culturelle et sociale d’un patrimoine défini comme un ensemble de biens matériels ou immatériels commun.


Aujourd’hui, tout patrimoine sous ses diverses formes est considéré outre sa valeur culturelle comme une ressource à part entière contribuant au développement économique et social des communautés qui en disposent. Dans cette dynamique, l’UNESCO a fortement contribué à valoriser le patrimoine matériel et immatériel des sociétés traditionnelles africaines en leur conférant au même titre que les sociétés occidentales une reconnaissance internationale. Le patrimoine culturel africain est alors devenu un facteur de développement, la valorisation du patrimoine étant dès lors un des secteurs de la coopération pour le développement, ce qui est une formidable opportunité particulièrement pour les villes d’Afrique subsaharienne de faire dialoguer une architecture coloniale ou moderne avec les prodigieuses richesses patrimoniales de l’Afrique.



Il est primordial de rappeler que pratiquement toutes les sociétés traditionnelles se revendiquant ou non d’un patrimoine quelconque sont organisées autour d’une figure emblématique qu’est le Chef traditionnel, désigné, élu ou successeur attitré au sein d’une lignée prédéfinie. Jadis autonomes les Chefs traditionnels sont rapidement devenus des auxiliaires de l’administration centrale auxquels étaient attribués certaines taches de proximité. Au fil du temps et des configurations sociales leur rôle n’a cessé de s’étendre dans la sphère politique et ils sont devenus bien malgré eux au centre de bien des enjeux.


De Grand-Suza à Garoua, de Akwa Douala à Foumban, il y a lieu de saluer ici la mémoire des illustres piliers et gardiens de nos valeurs ancestrales en leur rangs et grades respectifs, les Chefs traditionnels du Cameroun, qui nous ont quitté en masse ces dernières années et particulièrement en 2021.


Nous rendons ainsi un hommage posthume à un ami de l’ESSACA, Sa Majesté Din Dika Akwa III dont la présence hier encore réhaussait les festivités de célébration des 10 ans de l’ESSACA. Nous ne pouvons omettre de mentionner également Sa Majesté Ibrahim Mbombo Njoya, Roi des Bamoun dont la cité native est Foumban, ville partenaire de longue date de l’ESSACA.


Longue vie à nos valeurs traditionnelles et ancestrales, essence de nos cultures africaines.

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