Bayam sellam au Cameroun

Le secteur informel occupe une place absolument centrale dans le fonctionnement des villes africaines. Dans de nombreuses métropoles du continent, il ne constitue ni un phénomène marginal ni une réalité temporaire ; il représente au contraire l’une des principales structures économiques et sociales permettant à la ville de fonctionner au quotidien.

Le secteur informel occupe une place absolument centrale dans le fonctionnement des villes africaines. Dans de nombreuses métropoles du continent, il ne constitue ni un phénomène marginal ni une réalité temporaire ; il représente au contraire l’une des principales structures économiques et sociales permettant à la ville de fonctionner au quotidien.

Parmi les acteurs majeurs de cette économie populaire figurent les « bayam sellam ». Cette expression, issue du pidgin english camerounais — “buy am” (« achète-le ») et “sell am” (« revends-le ») — désigne une vaste catégorie de petites commerçantes très présentes dans l’économie urbaine camerounaise.

La majorité des bayam sellam sont des femmes. Au-delà de leur activité commerciale, elles incarnent aujourd’hui une véritable figure culturelle au Cameroun, symbole de débrouillardise, de résilience et d’entrepreneuriat populaire. Dans le langage courant, il n’est pas rare d’entendre : « Les bayam sellam font vivre les marchés » ou encore « Elle est bayam sellam au marché central ».

En réalité, les bayam sellam produisent une grande partie de la vie urbaine quotidienne. Pourtant, elles exercent souvent dans des espaces qui n’ont pas été conçus pour elles : trottoirs saturés, marchés précaires, abris improvisés, absence d’eau, d’assainissement, de stockage ou de sécurité. Cette situation engendre une occupation informelle de l’espace public qui révèle autant les insuffisances des villes africaines que la capacité d’adaptation des économies populaires.

Les bayam sellam occupent des espaces transitoires, transforment les rues, créent des microcentralités urbaines et réinventent quotidiennement l’espace public. Leur présence met en lumière l’écart entre l’urbanisme officiel et les usages réels de la ville.

À travers le monde, les vendeurs de rue (street vendors) ont fait l’objet d’importantes recherches urbaines et architecturales, tant leur rôle dans la structuration des villes contemporaines est déterminant. La condition des bayam sellam constitue ainsi un sujet particulièrement pertinent pour l’architecte, car elle touche simultanément à des enjeux d’espace public, d’économie informelle, de mobilité urbaine, de santé, de genre, de résilience climatique et de justice sociale.

L’architecture, en effet, s’intéresse à la manière dont les individus habitent et utilisent l’espace, aux flux, aux infrastructures, aux usages réels ainsi qu’aux conditions de dignité, de confort et de sécurité. Dans cette perspective, la question n’est pas seulement de construire des marchés, mais de concevoir des espaces capables d’accompagner les pratiques urbaines existantes tout en améliorant les conditions de vie et de travail de leurs usagers.

C’est en écho à cette problématique que notre étudiante Amira Bikouth s’est penchée sur la condition des bayam sellam du Marché Central dans le cadre de son Projet de Fin d’Études, brillamment soutenu lors de la dernière session des soutenances de Master du 20 février 2026.

À la question :

« Comment l’architecture peut-elle améliorer les conditions de travail des bayam sellam sans détruire les logiques sociales et économiques des marchés populaires camerounais ? »

elle répond par le projet Bayam Sellam Hub.

Le projet propose, le long de la rue marchande, des étals mobiles associés à un mobilier urbain adapté, couverts et alimentés à l’énergie solaire. À l’extrémité de cet axe se déploie un bâtiment écoresponsable entièrement dédié aux bayam sellam, intégrant une halle de marché, des espaces d’entreposage et de conservation, des ateliers, un service de microfinance, une garderie d’enfants, des sanitaires ainsi que des dispositifs de sécurité.

Pensé comme une infrastructure sociale autant qu’économique, le bâtiment s’ouvre sur une place publique conçue comme un espace de rencontre, d’échange et de respiration urbaine. À travers cette proposition, le projet démontre que l’architecture peut devenir un outil d’accompagnement et de valorisation des économies populaires, tout en contribuant à une ville plus inclusive, plus résiliente et plus humaine.

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